C'est quoi avoir une personnalité à la force tranquille ?
- il y a 6 jours
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Une personnalit avec une "force tranquille" se reconnaît à sa capacité à avancer avec constance, sans bruit et sans besoin d'être vue en permanence. Le tout en étant exactement là où elle doit être. Ce n'est ni de la timidité, ni de l'effacement. C'est comme une présence solide qui ne réclame rien.
Je remarque que nous vivons dans un monde qui confond souvent assurance et volume sonore. Ceux qui parlent fort semblent sûrs d'eux et ceux qui agissent en silence semblent hésiter. Pourtant, vous connaissez certainement quelqu'un qui ne prend jamais toute la place et sur qui tout repose. Peut-être même que cette personne, c'est vous.
Je ne suis ni psychologue ni coach. Ce que je vais partager ici, je ne l'ai pas appris dans les livres mais je l'ai observé chez cettes personnes qui m'entourent, et je me suis servie dans ma peinture. Prenez les quelques lignes qui vont suivre comme un regard, pas vraiment comme une leçon.

Les signes d'une personnalité "force tranquille"
Les forces tranquilles que j'ai eu la chance de croiser dans ma vie partagent quelques traits, toujours les mêmes.
Elles sont constantes. Pendant que d'autres s'enflamment puis s'éteignent, elles, elles restent les même. Leurs valeurs, leurs idéaux sont identiques peut importe leur état d'esprit. Elles avances dans leurs projets pas avec de grands élans spectaculaires, mais avec des efforts réguliers, posés les uns après les autres, même quand personne ne regarde.
Elles n'ont pas besoin de validation. Elles ne font pas les choses pour être applaudies ni pour être acceptées. Elles les font parce qu'elles doivent être faites, parce qu'elles ont besoin de le faire. Et cette liberté-là leur donne une stabilité. Une stabilité qui ne semble jamais ébranler par le regard des autres.
Elles rassurent sans effort. Leur simple présence apaise une pièce. Je n'ai jamais su expliquer pourquoi, mais quand elles sont là, les choses semblent tenir debout.
Elles savent attendre. Elles ne forcent pas les portes. Elles sentent quand c'est le moment d'avancer et quand c'est le moment de rester en retrait, et elles ne vivent pas ce retrait comme une défaite.
Si vous vous reconnaissez dans plusieurs de ces traits, vous portez probablement en vous cette force que notre époque a tant de mal à voir.

La discrétion n'est pas une faiblesse
C'est sans doute le malentendu le plus tenace. On nous a appris que pour exister, il fallait se montrer. Prendre la parole, prendre la lumière, prendre la place. Et ceux qui ne le font pas se demandent parfois ce qui cloche chez eux (et moi la première).
La discrétion est un mode d'action, pas une absence d'action. Si on observe la nature autour de nous l'eau qui creuse la roche ne fait pas de bruit. La racine qui soulève le trottoir non plus. Ce qui transforme vraiment les choses opère presque toujours en silence, sur la durée.
La vraie question, celle que j'ai fini par me poser moi-même, n'est donc pas « pourquoi je ne me mets pas plus en avant ? » mais « est-ce que je suis à ma place, et est-ce que j'y fais ce que j'ai à y faire ? ». Quand la réponse est oui, le reste est du décor.
Le campagnol, l'animal qui incarne la force tranquille
C'est en préparant ma série de peintures Chuchotements intérieurs en Provence que j'ai croisé la route du campagnol, auquel, finalement je n'avais jamais prêté attention. Et pour cause : le campagnol est probablement l'animal le plus invisible de nos campagnes.
Ce petit rongeur des champs passe sa vie sous nos pieds, dans des galeries qu'il creuse patiemment. On ne le voit presque jamais. Et pourtant, en me documentant sur lui, j'ai découvert un animal essentiel à son écosystème : il aère les sols, disperse les graines, nourrit toute une chaîne d'espèces. Sans lui, le paysage que nous admirons ne serait pas le même.
Le campagnol ne parade pas. Il ne cherche pas à être vu. Il fait simplement, chaque jour, ce qu'il a à faire, là où il doit le faire. Sa signification m'a sauté aux yeux : voilà, pour moi, le messager de la force tranquille. Celui qui rappelle que ce n'est pas la taille de vos efforts qui compte, mais le fait de les faire.

Être là où on doit être, au moment où on doit y être
Le campagnol m'a soufflé une deuxième leçon, plus subtile encore : la force tranquille, ce n'est pas seulement agir en silence. C'est aussi être au bon endroit au bon moment, et accepter ce que cette place nous apporte, le bon comme le moins bon.
Nous passons beaucoup de temps à nous demander si nous ne devrions pas être ailleurs. Dans une autre vie, une autre carrière, une autre version de nous-mêmes plus visible, plus rapide, plus conforme. Et pendant ce temps, la place que nous occupons vraiment, celle où nous sommes utiles et attendus, à notre juste endroit, nous ne l'habitons qu'à moitié.
J'ai mis des années à comprendre cela dans mon propre parcours. Ce n'est pas en me comparant à d'autres chemins que j'ai trouvé le mien, c'est en habitant pleinement celui qui était déjà sous mes pieds. Comme le campagnol dans ses galeries : il ne rêve pas d'être un aigle. Il est parfaitement, entièrement campagnol. Et c'est précisément ce qui le rend indispensable.
Quand la peinture donne un visage à la force tranquille
Peindre le campagnol a été un défi particulier. Comment donner une toile à un animal dont toute l'identité est de ne pas se faire voir ?
Dans ma façon de travailler, le sujet émerge d'un fond de peinture fluide, comme le sens émerge peu à peu de nos vies. Avec le campagnol, cette émergence prenait tout son sens : faire apparaître doucement, au milieu des couleurs, celui qu'on ne remarque jamais. Lui offrir, le temps d'un tableau, la lumière qu'il ne demande pas.
Ce tableau fait partie de ma série Chuchotements intérieurs en Provence, neuf animaux croisés lors d'une balade introspective, chacun porteur d'un message murmuré. Le campagnol y tient une place à part : c'est le plus discret des neuf, et peut-être celui dont le message me ressemble le plus.

Et vous, où se cache votre force tranquille ?
Peut-être dans la régularité avec laquelle vous tenez votre famille, votre travail, vos projets, sans jamais le revendiquer. Peut-être dans cette capacité à être là, simplement, quand les autres en ont besoin. Peut-être dans ces efforts que personne ne voit et qui, pourtant, changent tout.
La prochaine fois que vous douterez de votre place parce qu'elle ne brille pas assez, pensez au campagnol. Sous la surface, dans le silence, il tient le paysage entier.


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