Messager de la spontanéité et de l'authenticité : un renard peint pour symboliser la reconnexion à soi
Dernière mise à jour : 13 sept.

Si on vous dit « renard », qu'est-ce qui vous vient à l'esprit ? Un pelage roux, la ruse, peut-être même la fourberie ou l'animal des contes, celui à qui on ne fait jamais tout à fait confiance. Moi, quand je pense au renard, je ne vois pas cet animal calculateur. Je vois un renard qui bondit dans la neige, sans autre but que jouer. Libre. Insouciant du regard des autres.
C'est cette spontanéité que j'ai voulu capturer dans « Messager de la spontanéité - Le jeu » et « Messager de la spontanéité - Le bond », les deux premiers tableaux de ma série Chuchotements intérieurs en Provence.
Cette série est née de mes marches méditatives dans l'arrière-pays niçois. Au fil de ces promenades, mes questions personnelles se sont transformées en rappels plus universels. Des petites choses à se répéter pour alléger le quotidien. La série compte neuf animaux, chacun gardien de l'un de ces rappels. Le renard ouvre cette exploration, et ce n'est pas un hasard : il incarne le tournant qui a changé ma vision d'artiste.

I. Le burn-out de la gentillesse : quand faire passer les autres en premier devient épuisant
Le « burn-out de la gentillesse » ? Ce terme n'existe pas vraiment, je l'ai inventé. Mais il traduit exactement ce moment où on n'en peut plus d'être toujours complaisant, de faire ce que les gens attendent de nous et de se plier en quatre pour ne surtout pas déranger.
J'ai passé des années à faire passer les autres avant moi, à m'oublier complètement. Dire oui à des sorties alors que j'avais juste envie de rester chez moi. Choisir mes vêtements en fonction de ce que les gens pouvaient penser. Retenir mes larmes pour ne pas être un poids. À force de porter ce masque, je ne savais même plus qui j'étais vraiment.
Ce que j'ai fini par ressentir, c'est qu'on finit par ne plus savoir ce qui nous fait vibrer. On oublie ses propres envies, ses propres limites. On devient une version édulcorée de soi-même, calibrée pour ne froisser personne. Et au final, je ne me rendais service à personne (et surtout pas à moi).
Pourquoi je suis rentrée dans ce cercle de la sur-adaptation ? Par peur. Peur de déranger, d'être rejetée, qu'on me trouve « trop » , trop bizarre, trop sans intérêt, trop égoïste. J'avais besoin d'être validée, acceptée. Alors j'ai arrondi les angles, étouffé mes envies, calibré mes réactions.
Le problème, c'est que cette stratégie ne tient pas sur la durée. Plus je me pliais pour être aimée, plus je m'éloignais de moi-même. J'anticipais le jugement des autres avant même qu'il n'arrive. J'en étais même arrivée à ne plus avoir envie de peindre.
Et puis un jour, j'ai ressenti le besoin de sortir de ce schéma, en me posant cette question : qui suis-je vraiment quand je ne cherche plus à plaire ?

II. Pourquoi le renard (et pas un autre animal)
À première vue, le renard n'a pas une image très positive. Dans l'inconscient collectif, il est rusé, fourbe, parfois même traître dans certains contes : « Rusé comme un renard », « renard dans le poulailler »… les expressions ne manquent pas pour en faire le symbole de la manipulation. On ne lui fait pas vraiment confiance.
Pourtant, quand j'y pense, je ne vois pas cet animal sournois des contes. Je vois un renard qui bondit dans la neige, qui joue, qui explore. Un animal vif, curieux, adaptable. Cette image m'obsédait. Elle me suivait dans mon atelier, dans mes recherches visuelles. Je savais qu'elle serait la source de mon prochain tableau.
J'ai peint un animal parce qu'il incarne exactement ce que je redoutais : être perçue négativement. Comme lui, j'avais peur qu'on me voie comme quelqu'un de calculateur, alors que je voulais simplement poser mes limites et penser à moi. En choisissant de représenter mes renards dans une posture joueuse et insouciante, j'ai voulu montrer ce que personne ne voit chez eux : leur joie, leur liberté.
Et, en parallèle, me donner la permission de vivre la mienne. D'être moi-même, avec celles et ceux qui m'aimeront pour ça.
Sur certaines parties du corps des renards, j'ai intégré des motifs de mandalas pour ancrer visuellement ce lien à la reconnexion à soi. Les mandalas symbolisent l'introspection, le retour au centre. Ici, ils rappellent que cette spontanéité n'est pas superficielle : elle vient d'un travail intérieur, d'un alignement avec qui on est vraiment.

IV. Le process créatif
Une fois l'image du renard dans la neige bien ancrée dans mon esprit, restait à la traduire sur la toile. J'ai choisi d'explorer deux facettes de cette spontanéité, à travers deux tableaux et deux approches opposées.
Pour la palette, je voulais rester fidèle au fil conducteur de toute la série : une inspiration provençale. Et pour cette fois je suis partie d'une image de branche d'olivier sur ciel bleu azur. Ocre, vert kaki, bleu profond, des tons chauds et frais à la fois, loin du froid de la neige, mais qui traduisaient la même énergie de liberté.

Le bond (60x80 cm) capture l'instant de suspension, entre deux appuis. J'ai commencé par le fond, sans savoir encore où le renard allait se placer. Une façon de lâcher prise et de me laisser guider par la matière.
Le jeu (50x50 cm) montre le renard dans un mouvement plus léger, presque dansé. Ici, j'ai d'abord fait un croquis pour ancrer le mouvement, peint le renard, puis ajouté le fond en pouring. Un processus inverse, qui m'a permis d'explorer une autre forme de spontanéité : laisser la couleur couler librement autour d'une structure déjà posée.
Deux tableaux, deux formats, deux processus. Parce que la spontanéité ne se vit pas de façon uniforme.
V. Ce que j'ai appris
Ce que le renard m'a appris, c'est qu'accepter d'être mal-aimée par certains est le prix de la spontanéité. Je préfère être vue telle que je suis plutôt qu'aimée pour un masque.
Ça s'applique aussi à mon travail. Tous mes tableaux ne plairont pas à tout le monde. Certains trouveront mes animaux trop symboliques, d'autres pas assez réalistes. Je l'accepte, parce que je peins d'abord pour moi, sans culpabilité, pour explorer ces messages intérieurs qui me traversent.
Ça m'a aussi appris à distinguer deux formes de gentillesse. Avant, je disais oui par réflexe par peur du conflit, de décevoir, d'être rejetée. Cette gentillesse-là m'épuisait, et n'aidait personne, surtout pas moi.
Aujourd'hui, je pose des limites. Je dis non quand je n'ai pas l'énergie, oui quand j'en ai vraiment envie. Et mes relations s'en portent mieux, parce que quand je donne, je donne vraiment, pas par obligation. Poser mes limites, ce n'est pas de l'égoïsme. C'est faire confiance à mon instinct plutôt que de passer trois heures à peser le pour et le contre par peur de me tromper.
VI. Conclusion
Peindre ces deux renards ne m'a pas seulement permis de créer deux tableaux. Ça m'a permis de me retrouver. Retrouver cette spontanéité que j'avais étouffée sous des années de masques et de « oui » automatiques. Retrouver cette liberté de vivre selon mes propres termes, sans m'excuser d'exister.
Est-ce que j'ai tout résolu ? Non. Est-ce que je retombe parfois dans mes vieux réflexes ? Oui. Mais maintenant, je le vois. Et je peux choisir autrement. La série continue : le prochain animal messager est déjà en préparation.
Et vous ? Quel est votre renard ? Quel symbole incarnerait votre propre libération, ce moment où vous décidez de poser vos limites pour enfin être vous-même ?
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Parce qu'un message, ça se partage. Et parfois, un message trouve écho ailleurs. Si c'est ton cas, tu sais où me trouver.




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