Et si on prenait le temps qui passe comme une source infinie de savoir ?

Un jour de printemps, j'ai fait une rencontre qui m'a semblé, au premier abord, banale. Cette scène, qui n'a duré que quelques secondes, a pourtant changé mon regard sur la notion du “temps qui passe”. Voici ce que ce moment m'a appris.

Une rencontre avec le temps
Imaginez que vous vous baladiez tranquillement. Peu importe où, dans un village de votre région, en bord de mer ou même en forêt. Dans ce décor, se dressent des arbres et de beaux parterres de fleurs. C’est le printemps et quelques insectes butinent. Et au milieu de tout ca, un magnifique papillon se pose sur une fleur. Il reste quelques secondes à peine, puis repart. Vous le regardez alors s’éloigner et reprenez votre marche comme-si rien ne s’était passé.
Pourtant, ce papillon qui n’a fait que passer, comme tant d’autre choses dans la journée, a plus d’importance qu’il n’y parait. Il a en effet mis des semaines pour en arriver là. Il a traversé plusieurs vies avant celle-ci : chenille, chrysalide, et puis cet état de papillon. Au fond, cet envol furtif, qu'on a à peine regardé, n’a rien d’anodin. Parce que quand on y pense, rien, chez lui, ne s'est fait dans l'urgence. Tout ca m’a fait comprendre que le papillon avait peut être un message à nous faire passer.

Quand la peinture apprivoise le temps qui passe
Cette idée m'a accompagnée lorsque j'ai commencé à peindre les tableaux de la série Chuchotements intérieurs en Provence, une série née de longues introspections personnelles autour de neuf animaux messagers, habillés des couleurs de la Provence. Chacun d'eux porte, à sa façon, un message discret : un rappel de ces petits gestes du quotidien qui, mis bout à bout, rendent la vie un peu plus légère.
Au départ, ce papillon n'était qu'une simple pensée philosophique, assez générale et presque banale. Mais il a fini par me faire réfléchir de façon plus intime, autant sur ma propre expérience de vie que sur ma pratique artistique. J'ai réalisé que la façon dont je peins n'est pas si différente de la façon dont ce papillon se transforme. Sur la toile aussi, rien ne se décide à l'avance. Tout se révèle avec le temps qui passe.

Ce que le temps qui passe nous apprend
Et c'est pareil dans nos vies. Combien de fois nos aînés nous ont-ils partagé une vérité, un conseil, une leçon tirée de leur propre expérience, sans que nous y accordions vraiment d'importance sur le moment ? On écoute, souvent poliment, parfois même avec agacement, en pensant que ça ne nous concerne pas encore, que ce sera différent pour nous. Et puis un jour, bien plus tard, une situation nous ramène exactement à ces mots. Et on se surprend à penser : "Tiens, il avait raison."
Ce décalage n'est pas un hasard. Ce n'est pas que la parole n'a pas été entendue. C'est qu'elle n'avait pas encore de terrain où se déposer. Il fallait d'abord vivre, traverser, comprendre par soi même, pour que ces mots trouvent enfin un sens. Le savoir des anciens n'attendait pas d'être écouté. Il attendait que le temps fasse son travail en nous.C'est peut être ça, la vraie leçon du papillon. Chaque étape de sa transformation, aussi invisible soit elle, a quelque chose à apprendre, même quand on ne le voit pas encore. Alors peut être qu'il suffit d'accepter ceci : chaque moment de la vie porte en lui un enseignement, qu'on le comprenne aujourd'hui ou seulement bien plus tard.

Le temps du papillon
Peindre, pour moi, n'a jamais été un acte de maîtrise totale. Chaque toile commence dans une forme de chaos, des coulures de couleurs sans direction précise, et c'est seulement après, parfois bien après, qu'une image émerge de ces couleurs. Je ne décide pas toujours à l'avance comment le tableau va révéler son sujet. Je le découvre en même temps que lui prend forme, souvent après plusieurs jours, parfois plusieurs semaines de recul. Ce temps d'attente n'est pas une perte. C'est lui qui fait le travail. Il laisse remonter des intuitions que je n'aurais pas su formuler à chaud.Et c'est là que le papillon reprend toute sa place. Parmi les neuf messagers de la série, il est peut être celui qui incarne le plus littéralement cette idée. Sa métamorphose ne peut pas être accélérée. On ne peut pas forcer une chenille à devenir papillon plus vite en la pressant. Chaque étape a besoin de son temps propre, invisible, avant que la transformation devienne visible aux yeux de tous. Ce qu'il chuchote, si on prend la peine de l'écouter, c'est peut être ça : faites confiance à ce qui prend du temps à se révéler. Ce n'est pas de la lenteur. C'est une manière différente de savoir.
Une autre façon de voir le temps
Alors peut être que la vraie question n'est pas de savoir combien de temps une chose va prendre, mais ce qu'on est prêt à laisser le temps nous apprendre, tant qu'on ne cherche pas à le devancer. Et vous quel est votre rapport au temps ?



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