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Serpent : symbolique, signification et message d'un animal mal-aimé

25 août
5 min de lecture
infographie d’ouverture de Serpent : symbolique, signification et message d'un animal mal-aimé

Je vais être honnête, je ne suis ni psychanalyste, ni spécialiste des symboles, ni herpétologue. En fait, je suis artiste peintre. Et quand j'ai décidé d'inclure le serpent dans ma série Chuchotements intérieurs en Provence, je savais que je prenais un petit risque. Quand on y pense, le serpent est sans doute un des animaux les plus mal-aimés de toute ma série. Alors j'ai voulu chercher, lire, comprendre pourquoi il traîne une si mauvaise réputation. Et ce que j'ai découvert, derrière la peur que peut provoquer ce reptile, a clairement changé mon regard sur lui.


 Illustration narturaliste d’un serpent vert en dessin ou en peinture
Photo Unsplash © Museums Victoria

Pourquoi le serpent fait-il peur ?

La peur du serpent est presque universelle, et elle ne sort pas de nulle part. Il y a d'abord une raison biologique simple : certaines espèces sont venimeuses, et notre cerveau a gardé cette méfiance ancestrale, utile à la survie de nos ancêtres.

Mais la peur du serpent va bien au-delà du danger réel. Dans la tradition biblique, il est associé à la tentation et à la chute, celui qui pousse Ève à croquer le fruit défendu. Dans beaucoup de cultures occidentales, il a hérité de cette image de traître, de menteur, de mauvais présage. On dit de quelqu'un qu'il est un serpent quand on veut dire qu'il n'est pas digne de confiance.

Le problème, c'est que cette réputation a fini par recouvrir complètement l'animal lui-même. On ne voit plus le serpent, on voit le symbole qu'on lui a collé dessus depuis des siècles. Et ce symbole est presque entièrement négatif dans une partie du monde, alors qu'ailleurs, il représente exactement l'inverse.


Serpent, reptile sur un branche marron, symbole de la transformation
 Photo Unsplash ©Prasad Panchakshari 

La mue, un symbole universel de renaissance

Il y a un phénomène naturel chez le serpent qui, pour moi, change tout : la mue. Plusieurs fois par an, le serpent se défait entièrement de sa peau devenue trop étroite pour laisser place à une peau neuve. Il ne garde rien de l'ancienne enveloppe. Il avance, tout simplement, débarrassé de ce qui ne lui correspond plus.

En me documentant, j'ai réalisé que ce geste si simple, si mécanique en apparence, est devenu l'un des symboles de transformation les plus puissants qui existent. Se défaire de ce qui ne sert plus. Accepter de perdre une partie de soi pour continuer d'avancer. Ce n'est pas un hasard si, dans de nombreuses traditions, le serpent est associé à la guérison, au renouveau, à la capacité de renaître plusieurs fois dans une même vie.

C'est d'ailleurs pour cette raison que le bâton d'Asclépios, avec son serpent enroulé, reste aujourd'hui encore le symbole de la médecine.


photo mur d’illustration égyptienne représentant une divinité avec un serpent sur la tête
Photo Unsplash © Sandip Roy

Le serpent, symbolique dans les mythologies et cultures du monde

Plus je creusais, plus je découvrais à quel point l'image négative du serpent est en réalité une exception culturelle, pas une règle universelle.

En Égypte ancienne, le cobra orne le front des pharaons, symbole de protection et de pouvoir royal. Chez les peuples amérindiens, le serpent à plumes Quetzalcóatl est une divinité créatrice, porteuse de savoir et de civilisation.

Et il y a l'Ouroboros, ce serpent qui se mord la queue, présent dans de très nombreuses cultures, de l'Égypte à la Grèce en passant par les traditions nordiques. Il représente le cycle infini de la vie, de la mort et de la renaissance. Rien à voir avec la tentation ou le mensonge.

Alors pourquoi cette image si contrastée selon les cultures ? Je n'ai pas la réponse définitive, mais je crois que le serpent, parce qu'il change de peau, parce qu'il vit caché, parce qu'il n'a ni pattes ni paupières, a toujours été un miroir sur lequel chaque société a projeté ce qu'elle craignait ou espérait.


Serpent claire, passant dans les cheveux d’une femme brune. représentation du rêve et de la psychanalyse
Photo Unsplash © Ihon Karwan

Ce que dit la psychanalyse du serpent

Sans entrer dans une lecture savante que je ne maîtrise pas, il y a une idée qui revient souvent et qui m'a marquée : le serpent apparaît fréquemment dans les rêves comme le symbole d'une transformation intérieure en cours, parfois vécue avec angoisse parce qu'elle touche à quelque chose de profond, d'inconscient, qu'on ne contrôle pas encore.

Ce n'est pas tant l'animal qui fait peur dans ces lectures, mais ce qu'il représente : un changement qu'on sent arriver sans pouvoir le nommer. Une part de soi qui est en train de muer, justement, avant qu'on en ait pleinement conscience.

Je trouve cette idée belle, parce qu'elle rejoint exactement ce que j'ai découvert avec la mue. Le serpent ne nous fait pas peur pour ce qu'il est, il nous fait peur pour ce qu'il nous rappelle : que nous aussi, nous devons parfois nous défaire d'une couche de nous-mêmes pour continuer d'avancer, et que ce processus est rarement confortable.


statue totem art aztèque représentant un animal qui s’apparente à un reptile voire même a un serpent
Photo Unsplash © Max Letek

Le serpent comme animal totem de la transformation

En creusant la symbolique du serpent comme animal totem, j'ai retrouvé une constante : il n'est jamais question de destruction, mais de mue. Se transformer sans se perdre, garder son identité même en changeant complètement de peau. C'est peut-être pour ça que le serpent revient si souvent chez ceux qui traversent une période de changement, une habitude ou une relation dépassée dont ils n'arrivent pas encore à se défaire. Il rappelle qu'on peut changer de peau sans changer de nature.


Artiste Angie F. souriante devant un chevalet, peignant un serpent entourant un nénuphar dans un atelier.

Le serpent dans ma série Chuchotements intérieurs

Quand j'ai commencé à parler des animaux qui seraient présents dans ma série, j'ai compris que je marchais sur un terrain sensible avec le serpent. C'est l'un de ceux qui suscitent le plus de réactions instinctives, souvent de rejet, avant même qu'on s'intéresse à ce qu'il représente.

Mais c'est justement pour ça que je voulais l'inclure. Chuchotements intérieurs en Provence est né durant mes balades dans l'arrière-pays niçois, où je laissais mon esprit vagabonder et réfléchir aux changements que je vivais en moi et autour de moi. L'idée de la série était que chaque animal porte un rappel, une petite notion ou action à intégrer au quotidien pour rendre la vie un peu plus légère. Le serpent m'a parlé de la même chose que la mue m'avait appris en le documentant : parfois, ce qu'on redoute le plus est justement ce dont on a le plus besoin pour avancer.

Si la symbolique du serpent résonne avec quelque chose que vous traversez en ce moment, une transformation que vous sentez venir mais que vous redoutez encore, ce tableau porte peut-être un écho à ce moment précis.


Deux toiles et deux cadres montrant des serpents verts et des lotus roses, posés au sol sur fond beige.
Chaque animal de la série est composé de plusieurs formats


Alors, maudit ou messager ?

Je crois que la vérité est plus simple que le débat entre les deux camps culturels. Le serpent n'est ni un mauvais présage, ni une créature à diaboliser. C'est un animal qui, par sa seule façon de vivre, nous rappelle une vérité qu'on préfère parfois éviter : pour continuer d'avancer, il faut accepter de perdre une part de soi.

La prochaine fois que le serpent croisera votre chemin, que ce soit en rêve, en peinture, ou au détour d'un sentier, peut-être qu'il ne viendra pas vous menacer. Peut-être qu'il viendra simplement vous rappeler qu'il est temps de changer de peau.


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