Lézard : symbolique et signification spirituelle, le petit messager des murs de Provence

Quand j'étais petite, mon grand jeu était d'attraper les lézards. Je les guettais sur le muret en pierre qui se trouvait à coté de chez mes grands parents. J'avais beau essayer d'être rapide, ils m'échappaient toujours.
Et il n'y a pas si longtemps, je me suis surprise à en observer un, sans chercher à l'attraper. Il est resté là, immobile entre deux grosses pierres, le soleil se reflétant sur sa peau. Ce lézard avait l'air de ne rien attendre d'autre que le moment qu'il était en train de vivre. Et j'ai trouvé ça étrangement apaisant, au point de me demander pourquoi un si petit animal pouvait faire un tel effet.
Alors j'ai voulu chercher ce qu'on racontait sur lui. Essayer de comprendre, à travers les époques et les cultures, quelle symbolique il pouvait avoir. Et je ne pensais pas trouver autant de choses.

1. Ce que le lézard évoque depuis toujours
Ce qui m'a frappée en faisant mes recherches, c'est que le lézard ne porte pas qu'un seul sens. Selon l'endroit et l'époque, on lui a prêté des significations très différentes.
On raconte par exemple que dans l'Égypte ancienne, lézards et geckos étaient déjà très présents : dans les bijoux, dans l'écriture hiéroglyphique, et même sur les sarcophages, où certains d'entre eux montent la garde autour du défunt.
À l'autre bout du monde, chez les Maoris de Nouvelle-Zélande, on raconte que des sculptures de lézards en pierre servaient de base à des talismans censés protéger la santé et la vitalité d'un arbre ou d'une forêt. Deux traditions très éloignées, et pourtant le même réflexe : confier au lézard un rôle de gardien.

Plus largement, c'est un animal lié au soleil. C'est assez logique quand on le voit faire : il passe des heures immobile sur la pierre, à se réchauffer, comme s'il se rechargeait avant de repartir.
Et puis, il y a aussi sa queue. Les lézards peuvent la laisser derrière eux pour échapper à un danger et ensuite en faire repousser une nouvelle. C'est un fait bien réel, et il a nourri une image qu'on retrouve un peu partout : celle de lâcher ce qui nous encombre pour continuer à avancer.
Ce qui revient le plus souvent, finalement, c'est un fil assez simple : la chaleur, le renouveau, la vigilance. Un animal discret, mais qui a laissé sa trace dans les cultures et les époques.

2. Le lézard dans les anciennes croyances et légendes
Le lézard a traversé bien des récits, et son image a voyagé au fil des époques. En faisant quelques recherches par curiosité, je me suis aperçue qu'on lui prêtait déjà un lien singulier avec la vue et la lumière.
Dans l'Antiquité romaine, l'écrivain Pline l'Ancien, dans le livre vingt-neuf de son Histoire naturelle, relatait déjà de vieilles croyances populaires où le lézard vert était associé à la guérison des yeux. Ce sont évidemment des remèdes d'un autre temps, mais cela montre à quel point on liait déjà ce petit reptile au regard et à la clarté.
Extrait : "On emploie aussi les lézards de plusieurs façons pour les maladies des yeux. Les uns enferment un lézard vert dans un vase de terre neuf, avec neuf de ces pierres nommées cinædia (XXXVII, 56, 2) qu'on a coutume d'attacher aux aines en cas de tumeur; ils font une marque à chacune, et en ôtent une chaque jour; le neuvième ils lâchent le lézard, et gardent les pierres pour les maux d'yeux. Les autres mettent de la terre sous un lézard vert aveuglé, et enferment avec l'animal, dans un vase de verre, des anneaux de fer massif ou d'or: quand ils reconnaissent à travers le vase que le lézard a recouvré la vue, ils le mettent en liberté, et se servent des anneaux contre l'ophtalmie."
Cette même histoire a continué son chemin jusqu'au Moyen Âge. La légende du lézard de la Saura racontait que le lézard, devenu aveugle avec l'âge, cherchait une fente dans un mur tournée vers l'est pour attendre le lever du soleil. Dès les premiers rayons, ses yeux s'ouvraient et sa vue lui revenait. Les moines et les artistes de l'époque y voyaient une belle allégorie de l'âme humaine qui se tourne vers la lumière spirituelle pour dissiper sa propre nuit.

Un peu partout autour du bassin méditerranéen, ce lien avec l'astre solaire a laissé des traces jusque dans l'art classique. Dans la mythologie grecque, le lézard côtoie directement Apollon, dieu de la lumière et du soleil. On le voit notamment dans la célèbre sculpture de l'Apollon Sauroctone, dont le Louvre conserve une copie romaine d'après le sculpteur Praxitèle. Les historiens y voient souvent le symbole du petit reptile terrestre qui vient chercher la chaleur ou la clarté bienfaisante du dieu solaire.
Ce qui me touche dans ces lectures, c'est de voir comment chaque époque a posé sur lui ce qu'elle cherchait au fond d'elle-même : un symbole d'espoir, d'éveil ou simplement le plaisir d'attendre la chaleur du jour.

3. La symbolique spirituelle du lézard
En cherchant, je suis tombée sur beaucoup de lectures spirituelles du lézard. Je ne les prends pas comme des vérités, plutôt comme des pistes, et certaines m'ont parlé plus que d'autres. Je vous partage celles qui reviennent le plus souvent.
Le renouveau et la régénération
C'est probablement la lecture la plus répandue. Sa queue qui repousse a fait du lézard un symbole de renaissance : on peut traverser une perte, laisser quelque chose derrière soi, et repartir.
La vigilance et l'intuition
Toujours aux aguets, prêt à filer au moindre bruit, il est parfois associé à l'écoute de ses sensations, à ce petit signal intérieur qui nous dit de nous méfier ou d'y aller.
L'adaptation
Capable de se faufiler partout, de se camoufler, de s'ajuster à son environnement, il évoque pour certain(e)s la souplesse face aux changements.
Le lézard en rêve ou comme animal totem
Certains y voient un message ou un guide, souvent lié à la discrétion et à l'observation. Ces interprétations varient énormément d'une source à l'autre, et je les prends avec beaucoup de recul.
L'instant présent
C'est la symbolique que j'aime le plus. Immobile au soleil, le lézard est souvent vu comme un rappel de la patience et de la simplicité. C'est celle qui m'a le plus touchée, probablement à cause de ce moment sur le muret.
Au fond, le lézard semble surtout renvoyer chacun(e) à ce qu'il ou elle cherche. C'est peut-être pour ça qu'il traverse les époques si facilement.

4. Le compagnon de la Provence
Quand on vit, ou que l'on se promène, en Provence, le lézard fait tout simplement partie du paysage. Dès que les premiers beaux jours s'installent, il réapparaît sur les murets de pierres, le long des façades ou au milieu des sentiers. Entre le chant des cigales et l'odeur du thym, sa silhouette est familière. Ce petit habitant des maisons est un véritable porte-bonheur.
Et le plus fou, c'est qu'on le retrouve beaucoup de manière décorative. Lézards et salamandres en fer forgé, en céramique, en pierre ou en terre cuite décorent les murs. Fixés sur les façades, près des portes ou sur les murets de jardin, ils sont partout. On les aperçoit aussi dans les boutiques et sur les marchés, où le lézard est l'un des motifs les plus courants, au même titre que la cigale. Pour beaucoup, il est le symbole du Sud et de la chaleur.
Qu'il soit bien vivant ou artistique, le lézard fait donc partie du décor provençal.

5. Un lézard qui se glisse dans mes tableaux
Alors forcément, avec un tel décor autour de moi, le lézard a fini par s'inviter dans mes tableaux. Dans ma dernière série, Chuchotements intérieurs en Provence, il incarne à mes yeux le messager de l'instant présent. Quand je m'arrête pour écouter le vent, sentir la douceur du soleil sur ma joue ou le contact du sol sous mes pieds, je me sens plus posée, plus ancrée. C'est ce petit moment suspendu que j'ai voulu lui confier.
Il est aussi le souvenir d'un début d'automne aussi chaud qu'un été, avec « L'Été indien » et « Gecko ».
En y repensant, je me suis rendue compte qu'il faisait inconsciemment partie des animaux qui me suivent d'une toile à l'autre, comme un petit clin d'œil au Sud où je vis et à cette lumière qui accompagne mes journées.
Conclusion
Le lézard a traversé les siècles, des vieilles croyances antiques jusqu'aux murs de nos villages du Sud, et il continue de se faufiler là où on ne l'attend pas. Pour moi, il est devenu ce petit rappel discret : ralentir, regarder autour de soi, savourer la lumière du moment.
Si vous avez envie de le retrouver dans mon univers, vous pouvez découvrir la série Chuchotements intérieurs en Provence ainsi que « Gecko » et « L'Été indien ». Et si vous connaissez une autre symbolique du lézard, je serais heureuse que vous la partagiez en commentaire.


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