Peinture d'un lézard : un rappel symbolique de l'instant présent

Vous connaissez cette sensation de courir après le temps sans jamais le rattraper ? Celle où tout semble urgent au même moment : le travail, les petits tracas du quotidien à régler ou toutes les obligations qui s'empilent.C'est un sentiment que je connais bien parce qu'il m'a rattrapée alors que je réfléchissais à la série « Chuchotements intérieurs en Provence ». Et très vite, j'ai su que l'un de ses messagers devait porter ce ressenti.

Ce petit truc qui a tout changé
J'ai commencé par me demander ce qui pourrait m'aider dans ces moments-là. Je n'avais pas de réponse toute faite, seulement l'intuition que ce n'était pas une fatalité.Le premier problème, dans ces instants compliqués, c'est qu'on est rarement là où on est. Je m'explique. J'ai remarqué que, dans ces périodes de trop-plein, lorsque je réalise une tâche, mes pensées sont déjà sur la suivante. Et je finis par ne plus vraiment être à ce que je suis en train de faire.Alors je me suis dit que tout devait peut-être commencer par là : reprendre conscience du moment présent en me recentrant sur ce que je fais.
Remarquer que mon mental n'est pas au bon endroit, puis faire une pause de quelques secondes pour sentir ce que je touche, ou simplement prendre conscience de la température de la pièce. Pas des heures, juste quelques secondes.
Le deuxième problème, c'est que, dans ces moments-là, s'arrêter me semble impossible. J'ai peur de perdre du temps, de prendre du retard sur tout ce qui m'attend, de relâcher une vigilance qui me paraît indispensable pour tout tenir.

Et puis un jour, alors que j'essayais de mettre en application cette simple idée, j'ai vu un lézard immobile sur le mur de ma maison, posé au soleil. Je me suis dit qu'il avait la belle vie, et que j'aimerais bien avoir l'insouciance qu'il semblait avoir. Soudain, il y a eu un bruit, et en quelques secondes, il avait disparu.
Ce détail m'a marquée, parce qu'il répondait à ma peur : savourer un instant ne veut pas dire se figer, ni perdre du temps. On peut être pleinement là, et rester capable de réagir.
Petit à petit, les liens se sont faits, et c'est la peinture de ce lézard qui s'est imposé comme celle qui porterait ce message dans la série.

Une peinture de lézard sur fond de couleur lavande
Pour ce tableau, tout a commencé par le fond. Comme pour chaque tableau de la série « Chuchotements intérieurs en Provence », j'ai réalisé le pouring en premier. Ses couleurs s'inspirent d'un paysage typique de la région. En cherchant mon image de référence, je suis tombée sur une femme au milieu d'un champ de lavande, absorbant la lumière. Ce sont ces teintes douces et chaudes qui m'ont attirée.
Ensuite, j'ai placé mon lézard, dans un vert choisi pour contraster avec les tons violets et pourpres du fond, afin qu'il se détache sans jamais écraser l'ensemble.
Vous pouvez aussi apercevoir des feuilles de figuier. Elles ne sont pas là par hasard. Dans mon atelier, un diffuseur laisse flotter un parfum d'ambiance au figuier, dont j'adore le côté poudré. C'est une odeur que je cherche à retrouver quand je sens que je commence à perdre pied et à entrer dans ce tourbillon. J’ai glissé ces feuilles dans le tableau comme le symbole d'un point d'ancrage familier qui ramène à soi.
Au fond, tout est parti d'une envie très simple : que ce petit lézard vert, posé sur son fond de lavande, soit agréable à regarder, et qu'on ait envie de s'y arrêter.

Et si ce n'était pas qu'un simple tableau ?
Ce tableau fait partie de la série « Chuchotements intérieurs en Provence » et il n'a pas d'autre ambition que le rappel. Il ne règle rien, il ne promet rien. Il est simplement là pour déclencher, en un coup d'œil, cette petite voix intérieure qui nous remet dans le présent.Le lézard est là, immobile, au milieu de ses teintes de lavande, et il suffit de le croiser du regard pour se rappeler qu'on peut revenir à ce qu'on touche, à la lumière de la pièce, à l'endroit où l'on est. Quelques secondes, pas plus.
C'est pour cela que j'ai voulu en faire un tableau, plutôt qu'une simple idée gardée dans un carnet. Une idée, on l'oublie dès que le tourbillon revient. Un tableau, lui, reste au même endroit, jour après jour, prêt à vous le rappeler quand vous y penserez le moins.Alors j'aimerais qu'il trouve sa place chez quelqu'un qui reconnaît ce tourbillon, quelqu'un qui aura envie d'avoir ce petit rappel sous les yeux, dans son quotidien.

Conclusion
On ne rattrapera sans doute jamais tout à fait le temps. Mais il m'arrive désormais de lever les yeux de ce que je fais, de sentir ce que je touche, et de me rappeler ce lézard, au soleil, prêt à repartir au moindre bruit.Il m'a montré que ces quelques secondes ne nous retardent pas. Elles nous font simplement revenir là où l'on est.
Commentaires